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Les rapprochements fusent

Un certain nombre de dénouements devraient avoir lieu cette année concernant les rapprochements en cours, au premier chef celui entre Agrial et Terrena.

Sous l’effet d’une conjoncture « très défavorable », les coopératives des métiers du grain accélèrent leurs transformations stratégiques et organisationnelles. Fusions et rapprochements se multiplient pour réduire les coûts et peser davantage dans les négociations commerciales. Et ce n’est sans doute pas fini.

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Baisse des volumes, alourdissement des charges, concurrence accrue et prix de vente en berne, les dix-huit derniers mois se sont révélés particulièrement éprouvants pour les coopératives métiers du grain. D’après l’observatoire économique et financier du Haut conseil de la coopération agricole, qui a fini d’éplucher les résultats économiques et financiers de 2024, la conjoncture « très défavorable » a pesé lourd. Si les coopératives font preuve de résilience, « la faiblesse de leur rentabilité finale limite les capacités d’investissement pourtant nécessaires au maintien de la performance et de la productivité des outils », alerte François Macé, président de la section économique et financière du HCCA.

Pour lui, cette période de tension est l’occasion de « remettre en cause et réinventer le modèle ». Ainsi, les fusions et rapprochements engagés ces derniers mois sont, selon lui, « des décisions judicieuses ». « Cela permet d’écraser les coûts de structure, d’investir dans le rajeunissement des outils, d’être compétitif sur la scène internationale et de peser dans les négociations », estime-t-il.

Maïsadour et Euralis en « risque »

Annoncé il y a bientôt un an, le projet de fusion entre Maïsadour et Euralis reste pour l’instant suspendu à l’analyse de l’Autorité de la concurrence (ADLC). Rappelons que, sous la contrainte de cette dernière, les deux coopératives avaient dû abandonner, en août 2023, leur projet de création d’une entreprise commune dans le secteur du canard gras. « Les discussions se poursuivent avec l’ADLC, informe Thomas Chambolle, DG d’Euralis. On savait qu’elle pointerait un risque de position de situation dominante sur les canards gras, donc on est en train d’échanger avec elle sur les engagements nécessaires. Un risque équivalent a également été mis en avant sur la nutrition animale et la collecte. » Mais s’il aboutit, ce projet ferait éclore un second acteur structurant dans le Sud-Ouest : 3 Mds€ de chiffre d’affaires, 10 400 adhérents et 9 200 salariés.

Le premier étant celui qui sera issu du rapprochement entre Vivadour et Terres du Sud, lequel a pour le coup reçu, « sans conditions », l’aval de l’ADLC. Le gendarme français de la concurrence estime que les agriculteurs, sur ce territoire, conserveront des alternatives suffisantes pour la collecte et l’approvisionnement. Elle s’est également assurée « que la future coopérative ne sera pas en mesure de dégrader les conditions de la collecte de poulets en vue de l’abattage et de faire pression sur les prix à l’encontre des abattoirs qui dépendent de la fourniture de ces volailles pour leur activité ». La fusion effective interviendra au plus tard le 30 juin 2026 et regroupera 10 400 adhérents, 2 100 salariés et comptabilisera près de 1,2 Md€ de chiffre d’affaires.

Une pérennité à anticiper

Dans un autre registre, plus local, les coopératives de Saint-Agnant, Beurlay et Oléron ont validé leur fusion en fin d’année dernière, donnant naissance à La Coopérative agricole du Littoral. « Les coopératives n’étaient pas en crise financière mais, pour leur pérennité, elles ont voulu anticiper », explique Sarah Cathelineau, directrice de la nouvelle coop. L’ensemble représente 250 adhérents actifs, 100 000 t de collecte et environ 50 M€ de chiffre d’affaires. Les trois structures se connaissaient déjà bien : elles faisaient partie des mêmes unions pour les achats (UDCA) et pour la commercialisation des céréales (union Entente). La fusion « est une étape de plus, un prolongement naturel ».

Quant à Océalia et la Scar, déjà associées, elles ont, elles aussi, validé leur fusion. « Certains silos se font face : une réorganisation est logique », souligne Mathieu Staub, DG d’Océalia. Les dirigeants assurent qu’elle se fera sans casse sociale, mais avec des départs en retraite non remplacés.

Enfin, et pas des moindres, Agrial et Terrena ont annoncé, en octobre, amorcer un projet de « rapprochement stratégique », sans parler à ce stade de fusion. Le projet sera soumis au vote des adhérents lors des deux prochaines assemblées générales, qui se tiennent habituellement en mai-juin.

« Construire des leaders régionaux »

Et ces opérations pourraient encore s’intensifier dans les prochains mois, poussées par les perspectives de l’exercice 2025-2026 qui ne laissent guère entrevoir de véritable amélioration. Si les volumes et la qualité sont au rendez-vous, les prix, eux, se maintiennent à un niveau insuffisant et la concurrence s’annonce « sévère » sur la campagne. « Nous avons intérêt à construire de véritables leaders régionaux. Les coopératives sont aujourd’hui en train de restructurer leur outil et, avec la conjoncture économique, il est probable qu’il y ait un nouveau mouvement de fusions dans les mois et années à venir », anticipe Antoine Hacard, président de LCA Métiers du grain.

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